je retrouve la bonne page…
je retrouve la bonne page…
Hasta mañana, para siempre.
j'ai tout tapé en rentrant, c'est agrafé en face. →↓
Lune Suarez, c'était la pierre. Une flic du Nord arrivée sans bruit, le regard qui scanne, la voix qui ne tremble pas. Une femme qui disait ne plus rien ressentir, et qui le pensait vraiment. Ce soir, on raconte comment Eitan et elle se sont trouvés, et comment la pierre a fini par sentir. Tout. D'un coup.
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Au début, rien ne dépasse. Lisse, fermée, entière.
"Je pense que l'être humain ne dit jamais ce qu'il pense."
Une phrase de flic. Une phrase de profileuse. Lune avoue qu'elle aimerait revoir des émotions, mais qu'elle est bien aussi sans, parce que celles qu'elle a connues n'étaient pas positives. Eitan écoute. Et quelque part, il se demande s'il pourrait faire pareil. Ne plus rien ressentir. Non. Il ne crois pas.
Elle le classe : profil jaune. Il demande ce que ça veut dire. Elle ne répond pas. Évidemment.
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La pierre est entière, mais quelque chose passe déjà. La première à le voir, c'est Téo : sa sœur remarque que Lune est bizarre en présence d'Eitan. Personne d'autre ne capte rien.
Au temple, Lune ne prie pas vraiment : elle étudie Eitan, comme une enquête. Lui se dit qu'il aimerait mieux la connaître. Sur la route du retour, musique douce dans la voiture, et des mouvements "sus" de sa part. Le genre de truc qu'on remarque mais qu'on ne commente pas.
Deux personnes qui ne savaient pas se laisser approcher étaient en train, doucement, de se laisser approcher.
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Et puis le destin frappe sa sœur. D'abord, l'espoir : Lune appelle pour savoir si le frère d'Eitan est toujours là, il pourrait donner son poumon et son rein. Un fil auquel se raccrocher.
Le fil casse. Une prise d'otage. Lune est libérée. Pas sa sœur. Et l'annonce tombe, froide : Téo a eu la gorge tranchée. Elle est partie.
Alors, dans un hall d'hôpital glacial, l'impensable. Lune, si froide, si impassible, demande un câlin.
La pierre est fissurée, et ça se voit tellement que ça fait mal de le voir.
Elle veut se venger. Personne n'est d'accord. Eitan, lui, ne la contredit pas vraiment.
Téo avait dit une chose terrible et juste : c'est quand elle partira que Lune ressentira enfin quelque chose.
Eitan : "C'était le moment de le ressentir."
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Face à la perte, Eitan ne sait faire qu'une chose : promettre. À la morgue, il se recueille devant Téo, lui dit qu'elle était une belle personne, et fait son serment : lui donner une belle mort, et s'occuper de Lune, quoi qu'il arrive. On connaît le poids des promesses d'Eitan.
Et il ne la laisse pas seule. Il l'héberge, lui dépose un nounours sur l'oreiller, part dormir. Au réveil, elle est déjà partie, un long message de remerciement derrière elle.
Peu à peu, leurs deux deuils n'en font plus qu'un :
Lune reprend le rêve de Téo. Désormais, Eitan et elle ont le même.
Le chroniqueur le notera, ce soir-là : sans Lune, le cercueil de l'Eitan enfant serait clos.
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À partir de là, ils deviennent indispensables l'un à l'autre. Une phrase en allemand, glissée comme un secret :
"Lune, du bist schön."
Son frère Diego débarque, et Lune confie l'inconfiable :
Lune : "Prends soin de mon frère."
Quand Eitan vacille, elle reste droite comme un mur :
Lune : "Tu es ma priorité. Fin du débat."
Et quand c'est elle qui menace de s'effondrer, c'est lui qui s'accroche :
Eitan : "S'il te plaît Lune, tu es la dernière personne que je veux perdre."
Au temple, un moment que personne n'oubliera : il la porte dans ses bras pour rentrer. Le dernier pilier, qu'il refusait de poser à terre.
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Mais être indispensable, c'est aussi devenir une cible. Pour la protéger, on change tout. Nouvelle coupe, nouveau style, et sous les ciseaux et les vêtements de Richman Lane, Ashley Carrington est née.
C'était Lune. Toujours. Juste un masque pour rester en vie. Et avec ce masque, un petit jeu rien qu'à eux : Madame Ashley fait la guindée, il faut lui ouvrir la porte, les bonnes manières. Eitan, galant à chaque fois.
Lune : "Rapproche-toi de mon frère, pour qu'on sache pour nous."
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Sous le masque, Lune n'avait plus qu'une obsession : libérer Eitan.
Lune : "Pourquoi rester ici ? Pourquoi on se fait mal ?"
Elle veut prendre son dos, parler à sa mère s'il le faut, le pousser vers l'envol. Celle qui ne ressentait rien passe ses derniers jours à se battre pour le bonheur de quelqu'un d'autre.
Sauf que l'étau se resserre. La tablette, encore. On hack ses contacts. Son frère est menacé : s'il ne donne pas tout, il meurt. Il donne tout.
Lune (en panique) : "Je suis morte. Il a tout donné."
Elle ne le savait pas encore, mais elle avait raison.
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Eitan appelle. Pas de réponse. Ni message, ni voix. C'est Yuki qui décroche : Lune a été kidnappée.
Une heure de recherche. L'hôpital. Le -2. Et l'annonce, sans détail, sans pourquoi, sans comment :
Lune est morte.
Il laisse Diego se recueillir en premier. Puis vient son tour. Et à Diego, il refait la promesse déchirante : être toujours là pour lui, et trouver ceux qui ont fait ça.
Yuki arrive, et ne trouve que des reproches sur Lune. Pas maintenant Yuki. Pas toi. S'il te plaît. Tais-toi.
Et la maison de Lune, pleine de chaleur et si vide à la fois, Eitan le jure devant Alessia :
"Jamais elle ne sera vendue. C'est impossible pour moi."
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Leur histoire, c'était un miroir. À mesure que l'un perdait ses émotions, l'autre les recevait, comme si le cœur de Lune se vidait dans celui d'Eitan. Elle a perdu sa petite sœur la même semaine où lui pleurait son premier amour. Deux blessures qui se sont reconnues dans le noir et qui ont décidé, sans un mot, de saigner ensemble. Un attachement si soudain, si improbable, que personne autour d'eux n'a jamais pu mettre la main dessus.
Sa mère, ses sœurs, Alix, les autres : toujours les mêmes questions con.
"Ta meuf ? Ton crush ? Ton plan cul ?"
Comme si deux êtres ne pouvaient se tenir aussi près sans qu'il y ait un lit au bout. Mais il n'y avait pas de lit. Il n'y avait que la douceur exacte dont un cœur meurtri avait besoin pour ne pas s'arrêter. Elle était son pilier des dernières semaines, et lui, le seul endroit où elle pouvait enfin poser le poids de tout ce qu'elle ne disait jamais. Les gens voulaient un mot pour ça. Amour ? Amitié ? Flou ? Rien ?
Ça portait pourtant un nom. L'amour platonique. Celui qui ne réclame rien, qui ne prend rien, qui se contente de contempler l'autre et de le savoir vivant à côté de soi. Eitan avait aimé Azula d'un feu, d'un amour qui brûle et qui consume. Lune, elle, lui a appris l'autre versant : qu'on peut aimer quelqu'un de toute son âme sans jamais vouloir le posséder. Que la plus belle des présences est parfois celle qui ne demande qu'à exister, tout simplement, dans le même silence que vous.
Il est entré dans sa vie en ne sachant aimer que d'une seule façon. Il en ressort en sachant qu'il y en avait deux.
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Au end of watch, Eitan se place au plus près d'elle. Il glisse ses derniers mots, leur photo ensemble sur la plage, et répète sa promesse : trouver ceux qui ont fait ça, et veiller sur son frère.
Demain, le premier appel ne sera plus pour Lune. Plus sa voix toutes les trente minutes, plus sa douceur, plus sa rotoule, plus son chant, plus son accent. Alors, le soir venu, Eitan a fait une seule chose : il a accroché une lune au plafond de sa chambre. Pour mieux dormir. Pour qu'elle veille encore, un peu, de là-haut.
Et il en a fini avec Richman Lane. Cette maison qui l'a vu grandir, rire, puis sombrer, il n'en veut plus. Il partira près de la plage, avec Cameron et Chase, sous un ciel dégagé pour regarder les étoiles et la Lune.
🕯️ Tu étais la pierre qui a appris à sentir, et tu auras tout senti d'un coup. Tu nous as poussés vers la sortie sans jamais franchir la porte toi-même. Veille bien, là-haut. Du bist schön, Luna. Hasta mañana, para siempre.
Bah oui.
🌙 Lune Suarez ・ Hommage 🌙